Blog

26 Aug 2020

Erectus... et après ?!

 

(à propos du roman de Xavier Müller, XO éditions ; attention, spoiler possible !)

Si l'argument de "la méchante multinationale qui met l'humanité en danger par cupidité" n'est pas en soi hyper original, sa déclinaison en mode préhistorique l'est bien davantage. C'est le genre d'idée qu'on aimerait avoir eue soi-même : faire cohabiter deux âges différents de l'espèce humaine, idée traitée ici sous la forme d'un thriller.


Une fois digérée la désagréable surprise d'un été austral au mois de juin - à moins que le virus ait aussi annulé l'inversion des saisons ? -, on tourne les pages avec plaisir, jusqu'au point final, avide de connaitre la suite de l'histoire. On sent une connaissance fine des sujets scientifiques évoqués ainsi que des rouages des institutions en jeu. Pour la petite histoire, j'avais visité, il y a quelques mois, le muséum d'histoire naturelle où se déroule une partie de l'intrigue. C'était donc encore très frais dans mon esprit et je m'y suis retrouvée instantanément. 
Finalement, la menace de catastrophe (ou non) pour l'Humanité réside principalement dans la proportion de sujets infectés - dont découlent perte de savoir, de savoir-faire, technologie mais aussi pénurie alimentaire, etc. - d'où la course contre la montre liée aussi, comme dans d'autres épidémies, au fait qu'on ignore encore presque tout du virus en question
Au niveau strictement individuel, la situation semble plus grave pour l'entourage qui "perd" des proches et redoute d'être contaminé à son tour que pour les personnes touchées par le virus elles-mêmes. Les contemporains infectés meurent socialement mais physiquement, ils sont comme réincarnés dans un état antérieur. La transition, potentiellement douloureuse, est très rapide et leur problème majeur est de trouver un environnement adapté à leur nouvelle condition, sauf à se prendre une balle d'un humain réellement apeuré ou qui trouve là une occasion de se défouler
Moralement ? Difficile à dire. J'aurais d'ailleurs aimé en savoir un peu plus sur cet aspect des erectus. Ce qu'ils ressentent, ce dont ils se souviennent ou non est brossé à grands traits : ce n'est manifestement pas le propos de l'auteur et dans le cadre d'une observation scientifique, c'est logique. La libido des erectus a-t-elle complètement disparu ? On pourrait le penser, jusqu'à un certain point... Est-ce pour accréditer la thèse de leur stérilité ? Possible.


Deux éléments m'ont en revanche davantage gênée.
La façon de parler de "nos ancêtres" pour qualifier parfois les erectus du roman me semble impropre : touchés par une régression pathologique très importante, ces êtres n'en deviennent pas pour autant les ancêtres des autres, juste des "gens" qui ressemblent (en tous points ?) à ceux qui ont été leurs ancêtres autrefois. Anna ne descend ni de Yann ni a priori d'aucun de ses compagnons d'infortune.
Et à propos de descendance, c'est le deuxième point, la grossesse d'Anna me paraît traitée de façon presque anecdotique (à la limite, uniquement pour justifier les vertiges / nausées qui lui font craindre à un moment d'être infectée mais non, ouf ! elle est enceinte) alors que dans ces circonstances, particulièrement, le fait est d'importance.


Mais peut-être l'auteur réserve-t-il certains développements pour une suite éventuelle ? C'est assez vraisemblable compte tenu du nombre d'éléments qui restent en suspens. Espérons !

 

(photo à suivre dès que possible, petit bug sur l'insertion d'image...)

16 Apr 2020

De la recherche pour Bandonéons

Imaginer un roman qui se déroule entre Paris, la Bigorre et l'Argentine et à cheval sur plusieurs siècles quand on n'est ni historienne ni bigourdane de naissance ni sud-américaine demande un minimum de recherches si on ne veut pas raconter n'importe quoi. Le genre d'activité qui me plaisait déjà à l'université et fait partie intégrante du travail d'écriture, au même titre que l'organisation de la structure du roman ou sa rédaction. Car il s'agit de prélever, dans la masse d'informations disponibles, ce qui pourra servir la fiction.

Pour ce faire, j'ai combiné déplacements (un peu), recherches en ligne (beaucoup) et lecture de divers documents.

Bandonéons s'inspire d'une réalité historique : la migration de nombreux Pyrénéens vers l'Amérique du Sud au dix-neuvième siècle et au début du vingtième. Sur cette question, j'ai lu avec profit le livre de Pierre Accoce (voir photo) conseillé par un libraire de Bagnères, mais aussi des documents disponibles sur Gallica, la bibliothèque numérique de la Bnf, comme le compte-rendu d'Alexis Peyret sur sa "visite aux colonies de la République argentine" et de nombreux articles de presse ancienne.

J'ai utilisé les ressources de la généalogie pour m'intéresser à une famille, plus particulièrement, et bâtir mon histoire autour de quelques dates, des lieux, des métiers... Des sites comme Généanet ou Family search ou ceux d'archives départementales m'ont aidée à créer des personnages ancrés dans la réalité  de leur époque. 

La partie contemporaine et parisienne était plus facile, dans la mesure où j'ai longtemps vécu et travaillé dans cette ville.

Enfin, j'ai rajouté la dimension "tango" et là aussi, j'ai dû me rencarder sur la question. J'utilise à dessein cette tournure familière car le tango est un univers qui possède aussi son argot, issu des faubourgs où il est né.

Une immersion passionnante dans ces différents domaines qui pourraient bien avoir un point commun... mais c'est à vous de le découvrir... très bientôt !

27 Jan 2020

L'Étranger de Camus : style, absurde et... couverture

Tellement a déjà été dit et écrit sur cette œuvre magistrale que je me bornerai à deux ou trois observations très personnelles.

C'est au lycée que j'ai découvert, comme beaucoup de lecteurs sans doute, L'Étranger d'Albert Camus. Une vraie révélation. Je crois que tout m'a plu dans ce roman que l'auteur avait résumé, par ailleurs, par ce raccourci saissant : "Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à mort." La peine de mort allait bientôt être abolie, en France, et la société n'était déjà plus la même que lors de la sortie du livre mais, d'un point de vue littéraire, j'ai sans doute ressenti le même choc que les lecteurs de l'époque. Le ton, le style, le thème me paraissaient encore très modernes par rapport à mes lectures précédentes.

Plus tard, j'ai tenté l'écriture d'une nouvelle policière dans le même style dans le cadre d'un concours d'écriture. J"ai même eu l'audace de la commencer par ces mots : "Aujourd'hui, papa est mort." Une tentative d'hommage qui plaçait évidemment la barre très très haut...

Mais L'Étranger est aussi indissolublement lié, pour moi, à la couverture de l'édition dans laquelle je l'ai lu la première fois en "livre de poche". Une illustration originale de Lucien Fontanarosa dont j'ignorais jusqu'à aujourd'hui la place dans cette collection. La mer, la plage ensoleillée et cet homme en costume, comme un reflet de l'auteur, photographié lui-même en "complet veston" sur la quatrième de couverture. Ce qui m'amène à souligner l'importance durable de la couverture, bien au-delà de son aspect "marketing" : attirer le lecteur et déclencher l'acte d'achat. Suis-je la seule à être marquée ainsi par certaines couvertures ?

(Photo ; capture d'écran du blog en lien ci-dessus)

 

20 Jan 2020

Faire simple demande du travail

Bonjour à tous,

Nombreux sont les classements de "meilleurs livres" de la décennie, du siècle et même de tous les temps qui, grâce à un panel de votants plus ou moins large, sont censés refléter les goûts du plus grand nombre. Mon ambition, avec ce billet et quelques-uns parmi les suivants, est beaucoup plus modeste : partager avec vous à propos de livres qui m'ont marquée, qu'il s'agisse de lectures récentes ou datant... du siècle dernier ! Il s'agit principalement de romans.

Je commence avec L'Appareil-photo de Jean-Philippe Toussaint dont vous trouverez un aperçu ici. Court roman paru en 1989 aux Editions de minuit, c'est le troisième de son auteur qui a alors 32 ans. Avec une apparente simplicité dans le style et le vocabulaire utilisé, l'écrivain nous embarque dans une histoire qui semble se dérouler d'elle-même et c'est ce dernier point qui m'a particulièrement plu. L'impression que les événements s'enchaînaient de manière naturelle, comme pour le narrateur, sans se poser de questions.

Jean-Philippe Toussaint ayant eu l'amabilité de publier sur son site une partie des brouillons de ce roman avec ses annotations manuscrites, on se rendra compte aisément du minutieux travail de réécriture que l'ouvrage a, en réalité, nécéssité. Avec un côte "machine à écrire" très vintage

Sont également disponibles sur le site de l'auteur le scénario de l'adaptation qu'il a lui-même réalisée de ce roman ainsi que d'autres documents de travail, mais c'est une autre histoire... et quant à moi, je vous dis à bientôt !

(Source photo)

track